La médiation au regard de la Doctrine

David-Jougneau Maryvonne. Ulysse, médiateur ou comment sortir de la logique de la vengeance. In : Droit et société, n°29, 1995. La médiation. pp. 11-24. (À propos de la tragédie de Sophocle Ajax) www.persee.fr/doc/dreso_0769-3362_1995_num_29_1_1313

Ulysse, chez Sophocle, est présenté avec une dimension éthique dans son double rôle d'exemple de vertu et de sage-médiateur. Le médiateur contemporain n'a pas besoin d'autant de vertu : il est déjà choisi dans son rôle de tiers parce qu'il n'est pas partie prenante du conflit ... Cependant on retrouve, comme conditions de possibilité d'une telle pratique, les qualités que Sophocle a dégagées : pas de médiateur sans capacité d'empathie, forme allégée et intellectualisée de la compassion. Il n'en reste pas moins que toutes les techniques utilisées pour faire changer de position, rompre avec la logique du rapport de force pour rétablir un dialogue ont bien, a l'horizon, une dimension éthique qui consiste a désemprisonner ceux qui sont dans le conflit de leurs représentations fantasmées, les ramener a une juste appréciation du réel et les faire sortir de la logique archaïque du rapport de force qui consiste a avoir raison sur l'autre et de l'autre. Or, le médiateur ne peut y parvenir s’il n'a pas appris lui- même et s’il n'essaie pas d'initier a une pensée dialectique ceux qui sont en conflit : pensée qui se rattache consciemment ou non a une perspective d'interaction, et a une conception de l'Être et du Temps qui la rend possible. Comment mener une médiation sans être capable de saisir le Multiple dans l’Un et l’Un dans le Multiple, le Même dans l'Autre et l'Autre dans le Même ?

Fiutak, Thomas. Le médiateur dans l’arène, Éd. érès, 2011

Le médiateur est celui qui organise les forces souvent disparates à l’œuvre dans la médiation et trouve une cohérence entre ces points d’équilibre.

Mirimanoff, Jean A. dir., Dictionnaire de la Médiation et d’autres modes amiables, Éd. Bruylant, 2019

Le principe d’humanité anime la médiation : « La personne humaine est au cœur de la médiation et la médiation au cœur de la personne humaine ». Les sentiments, préoccupations, motivations, émotions, valeurs, besoins et intérêts y jouent un rôle fondamental, alors qu’ils ne trouvent guère de place dans la justice orientée vers l’adjudication.

Morineau Jacqueline, 2. La médiation in L’esprit de la médiation. sous la direction de Morineau Jacqueline. Toulouse, ERES, « Trajets », 2010, p. 65-75.
URL : https://www-cairn--int-info-s.biblio-dist.ut-capitole.fr/l-esprit-de-la-mediation--9782865866588-page-65.htm


La médiation reprend ainsi un processus vieux comme le monde. La confrontation avec l’événement douloureux, injuste, est cet obstacle qui doit être rencontré pour pouvoir être dépassé. L’accueil de la souffrance est nécessaire pour pouvoir la transcender. La médiation est initiation, elle est ritualisée, c’est-à-dire qu’elle est organisée et acceptée. C’est un acte volontaire dans l’espoir d’une réparation, qui ne sera véritablement acquise que par le dépassement de nos émotions et la libération qui s’ensuit au cours de la médiation. Ainsi, la rencontre avec la demande de transformation du conflit nous amène à reconnaître la véritable dimension de la médiation.

Thonon Marie. Entretiens avec Jean Caune, Bernard Darras et Antoine Hennion », MEI, 19, 2003, pp. 7-34.
http://www.mei-info.com/wp content/uploads/revue19/ilovepdf.com_split_2.pdf


Au sens juridique qu’elle a au tribunal, ou encore comme sas de décompression offert dans une rubrique isolée aux insatisfactions des lecteurs du Monde, la médiation semble certes bien éloignée de cette idée d’ouverture, d’insistance sur “ce qui se passe” par rapport à “ce qui passe”. Pourtant, même dans l’acception bien circonscrite du mot dans le cas d’un conflit, par exemple, l’idée est bien là, d’un moment pris pour sortir du face-à-face entre des positions figées à régler par un verdict, et pour entrer dans un espace moins polarisé, où arguments et plaintes de chacun en rabattent un peu, pour laisser place à la possibilité d’entendre le point de vue de l’autre, à travers la voix d’un tiers. Opposition d’a-priori, à trancher par un juge, ou tentative de dialogue, obtenu grâce au passage par un lieu, un temps et un tiers neutres : on est bien devant un glissement analogue, d’un monde peuplé de sujets et d’objets fixes et concurrents, vers un monde où les intervenants sont moins déterminés, moins sûrs de ce qu’ils veulent et de ce qu’ils sont, et plus enclins à entendre en eux ce que l’autre peut dire...